Qu’est-ce que la Toussaint ?

L'abbé Patrick Pégourier nous propose de réfléchir au sens de l'une des fêtes les plus importantes de l'Église catholique

Temps liturgique

Dans le sein d'Abraham

Méfions-nous des homonymes trompeurs, tel celui qui conduirait à répondre « Toussaint ? Tous dans le même sein ! » La confusion, néanmoins, s’estompe si l’on envisage la Toussaint comme l’épanouissement du sein d’Abraham, c’est à dire de ce lieu où les âmes justes attendaient leur Libérateur : en descendant au séjour des morts, Jésus Christ, le Saint, leur ouvrit les portes du ciel pour les unir à tous ceux qui, après sa Résurrection, y parviendraient aussi.

Une fête de famille où nous sommes tous conviés

Chaque année, la lecture de l’Apocalypse nous présente la vision grandiose des élus devant le Trône et devant l’Agneau. Mais, plus qu’une solennité, la Toussaint est une fête de famille, la fête joyeuse de tous ceux qui, dans la Maison du Père, nous attendent et nous tendent la main.

Grands saints et petits saints ? Parlons plus exactement de saints connus et saints inconnus : ceux qui sont inscrits au calendrier liturgique ne sont que les « têtes de série » d’une foule immense que nul ne peut dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues  : les anonymes et oubliés de l’Histoire, les sans gloire, sans autel, sans procession, sans reliques…, les saints « passe-muraille » recouverts du manteau de l’ordinaire, mais qui vivent intensément de l’Amour et du bonheur de Dieu.

Bref, il y a les saints que nous vénérons, et ceux que nous ignorons ; mais tous, en raison des liens surnaturels qui nous attachent à eux, nous donnent le goût de l’authentique, l’avant-goût du Paradis.

Holy wins : la vie des saints

Alors, avec eux, avançons et chantons : « Dieu, nous Te louons, Seigneur, nous T’acclamons, dans l’immense cortège de tous les saints » ! Car nous aspirons à la vie qu’ils ont désormais en partage, une vie d’amour pur, gratuit et désintéressé, une vie de qualité attrayante par elle-même, sans nul besoin de promotion artificielle.

« Là où les saints passent, Dieu passe avec eux » !

Ils ont passé. Ils demeurent dans nos cœurs. Marchons sur leurs traces. Charles Péguy, dont l’actualité littéraire ravive la mémoire ces jours-ci, nous rappelle que leur intercession est comme un souffle de sainteté : « les saints rejaillissent toujours ». Avec leur aide, ne pourrions-nous donc pas rejaillir… de l’enchevêtrement des joies et difficultés qui constituent la trame de notre vie présente et la base de notre sanctification ? Les justes de l’ancienne Alliance ont persévéré dans la fidélité d’une vie rassise de jours, et dans l’espérance qui les a conduits du sein d’Abraham au sein de l’Amour miséricordieux. La vie éternelle est en nous. Laissons-la rejaillir !