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L’élévation surnaturelle et le péché originel

En créant l’homme, Dieu l’établit en un état de sainteté et de justice ; en outre, il lui donna la possibilité de participer à sa vie divine en faisant bon usage de sa liberté.

15/04/2010

1. L’élévation surnaturelle

En créant l’homme, Dieu l’établit en un état de sainteté et de justice, lui offrant la grâce d’une authentique participation à sa vie divine (cf. Catéchisme, 374-375). C’est dans ce sens que la Tradition et le Magistère ont interprété au long des siècles la description du paradis contenue dans le livre de la Genèse. Cet état se dénomme en théologie élévation surnaturelle, indiquant par là un don gratuit, inatteignable aux seules forces naturelles, non exigé mais en accord avec la création de l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu. Pour une bonne compréhension de ce point, certains aspects doivent être considérés :

Opus Dei - Le Paradis, par Brueghel Le Jeune (1615)
Le Paradis, par Brueghel Le Jeune (1615)
a) Il ne convient pas de séparer la création de l’élévation à l’ordre surnaturel. La création n’est pas « neutre » par rapport à la communion avec Dieu : elle est orientée à elle. L’Église a toujours enseigné que le but de l’homme est surnaturel (cf. DH 3005) parce que nous avons été « choisis dans le Christ dès avant la création du monde pour être saints » (Ep 1, 4). C’est-à-dire qu’un état de « pure nature » n’a jamais existé, car Dieu offre dès le début son alliance d’amour à l’homme.

b) Quoique de fait le but de l’homme est l’amitié avec Dieu, la Révélation nous enseigne qu’au commencement de l’histoire, l’homme s’est rebellé et a rejeté la communion avec son Créateur : c’est le péché originel, appelé aussi chute précisément parce que l’homme avait auparavant été élevé à l’intimité divine. Nonobstant, en perdant l’amitié avec Dieu, l’homme n’est pas réduit au néant : il continue d’être homme, créature.

c) Même s’il ne convient pas de concevoir le dessein divin en compartiments étanches (comme si Dieu avait d’abord créé un homme « complet » pour ensuite l’élever), ceci nous enseigne qu’il faut cependant distinguer divers ordres dans l’unique projet divin[1]. Se basant sur le fait qu’avec le péché l’homme a perdu certains dons tout en conservant les autres, la tradition chrétienne a distingué l’ordre surnaturel (l’appel à l’amitié divine, qui se perd par le péché) de l’ordre naturel (ce que Dieu a concédé à l’homme en le créant et qui reste malgré son péché). Ce ne sont pas deux ordres juxtaposés ou indépendants, étant donné que de fait le naturel est dès le début inséré dans le surnaturel et ordonné à lui ; et le surnaturel perfectionne le naturel sans l’annuler. En même temps, ils sont distincts, puisque l’histoire du salut montre que la gratuité du don divin de la grâce et de la rédemption est distincte de la gratuité du don divin de la création, celle-ci étant une manifestation immensément plus grande de la miséricorde et de l’amour de Dieu[2].

d) Il est difficile de décrire l’état d’innocence perdu par Adam et Ève[3], sur lequel on trouve peu d’affirmations dans la Genèse (cf. Gn 1, 26-31 ; 2, 7-8.15-25). C’est pourquoi la tradition ne caractérise cet état qu’indirectement, remontant, à partir des conséquences du péché raconté en Gn 3, aux dons reçus par nos premiers parents pour les transmettre à leurs descendants. L’on affirme ainsi qu’ils reçurent les dons naturels correspondant à leur condition normale de créatures et formant leur être « créatural ». Ils reçurent également les dons surnaturels : la grâce sanctifiante, la divinisation que comporte cette grâce, ainsi que l’appel ultime à la vision de Dieu. En outre, la tradition chrétienne reconnaît l’existence, dans le paradis, des « dons préternaturels » c’est-à-dire des dons qui n’étaient pas requis par la nature mais qui lui convenaient, la perfectionnant dans la ligne naturelle et manifestant la grâce. Ces dons étaient l’immortalité, l’exemption de la douleur ou impassibilité et la domination de la concupiscence (intégrité) (cf. Catéchisme, 376)[4].

les chapitres suivants : 

2. Le péché originel
3. Quelques conséquences pratiques

sont développés dans l'article au format PDF.
[1] Le Concile de Trente ne dit pas que l’homme a été créé dans la grâce, mais qu’il a été établi dans cet état, précisément pour éviter la confusion entre nature et grâce (cf. DH 1511).

[2] C’est précisément pour cela qu’a été forgée l’hypothèse théologique de la « pure nature », afin de souligner la gratuité ultérieure du don de la grâce par rapport à la création. Non pas parce que cet état aurait existé historiquement, mais parce que, en théorie, il aurait pu exister, même si cela n’a pas été le cas. Cette doctrine fut établie contre Baius, dont une des thèses condamnées est la suivante : « L’intégrité de la première création n’a pas été une élévation indue de la nature humaine, mais sa condition naturelle » (DH 1926).

[3] Cette difficulté s’amplifie aujourd’hui du fait de l’influence d’une vision en terme d’évolutionnisme de la totalité de l’être humain. D’un tel point de vue, la réalité évolue toujours de moins à plus, alors que la Révélation nous enseigne qu’il y a eu, au début de l’histoire, une chute d’un état supérieur à un état inférieur. Ceci n’exclut pas qu’il ait pu y avoir un processus d’« hominisation », à distinguer de l’« humanisation ».

[4] Il faut comprendre l’immortalité comme le fait s. Augustin : non comme ne pas pouvoir mourir (non posse mori), mais comme pouvoir ne pas mourir (posse non mori). Il est légitime d’interpréter cela comme une situation dans laquelle le passage à un état définitif ne comporterait pas le dramatisme propre à la mort que l’homme ressent après le péché. La souffrance étant le signe et l’anticipation de la mort, l’immortalité impliquait, en une certaine façon, l’absence de douleur. De même, cela supposait un état d’intégrité dans lequel l’homme dominait sans difficulté ses passions. On ajoute, traditionnellement, un quatrième don, celui de la science convenant à l’état dans lequel ils se trouvaient.


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07/09/2010

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